Le gypaète barbu (Gypaetus barbatus) est le plus grand rapace des Alpes, reconnaissable à son envergure qui avoisine les trois mètres et à sonhabitude, unique parmi les vertébrés, de se nourrir presque exclusivement d'os. Disparu de l'arc alpin au cours des premières décennies du XXe siècle, il est revenu nicher dans la Vallée d'Aoste grâce à un projet international de réintroduction lancé en 1978.
Le gypaète barbu est le plus grand oiseau de l’arc alpin : son envergure atteint 270 à 285 cm, sa longueur totale 110 à 115 cm et son poids 5 à 7 kg. Les adultes se reconnaissent à leur plumage rouille-orange sur la poitrine et le ventre — une teinte qui n'est pas naturelle mais qui provient de leurs bains habituels dans des boues riches en oxydes de fer —, à leur masque sombre autour de l'œil et par la touffe caractéristique de plumes rigides sous le bec qui donne son nom à l’espèce. En vol, il se distingue du vautour fauve (Gyps fulvus), avec lequel il partage une partie de l’aire de répartition alpine, par sa queue en losange et par sa tête entièrement plumée, contrairement au cou nu du vautour fauve.
L’alimentation est la caractéristique la plus distinctive de l’espèce : le gypaète est le seul vertébré dont le régime alimentaire est composé à 70-90 % d’os. Les os de plus grande taille sont transportés en vol et lâchés sur des dalles rocheuses choisies comme « broyeurs » (ossaires), pour ensuite être broyés et ingérés ; son appareil digestif, fortement acide, est capable de dissoudre même des fragments osseux de grande taille.
L'espèce avait disparu de l'ensemble de l'arc alpin au début du XXe siècle, en raison d'une persécution directe liée à des légendes infondées (sa réputation de prédateur d'agneaux, à l'origine du nom populaire « vautour des agneaux », ne trouve aucun fondement dans son comportement alimentaire). La dernière abattage documenté dans les Alpes remonte à 1913, dans le Val di Rhêmes, dans la Vallée d’Aoste. En Italie, l'espèce s'est éteinte en tant que nicheuse en 1969.
Son retour est le fruit d'un projet international de réintroduction lancé en 1978 à Morges (Suisse), avec la participation de la France, de l'Italie, de la Suisse et de l'Autriche : à partir de 1986, des spécimens nés en captivité dans le cadre d’un programme de reproduction coordonné entre les zoos européens ont été relâchés dans les Alpes. La première reproduction en milieu naturel après la réintroduction a été documentée en 1997 en Haute-Savoie. En 2017, la population alpine était estimée à 46 couples nicheurs, soit un total de 208 à 251 individus.
Dans la Vallée d’Aoste, l’espèce niche sur le versant valdôtain du Parc national du Grand Paradis. Les premiers envols de jeunes gypaètes nés de couples s’étant établis de manière autonome (et non issus d’une réintroduction directe) remontent à 2012, sur les sites de Valsavarenche et du Val di Rhêmes ; le nid de Cogne a enregistré son premier envol en 2015. En 2026, le territoire du Parc comptait cinq nids actifs, répartis entre Valsavarenche, le Val di Cogne, le Val di Rhêmes et, sur le versant piémontais, la Vallée de l’Orco — cette dernière ayant été colonisée par l’espèce sans intervention directe de réintroduction. Depuis 2012, ce sont au total plus de 30 jeunes qui ont pris leur envol dans les vallées du Parc.
L’état de conservation de l’espèce doit être analysé à deux niveaux, qui ne coïncident pas. Au niveau mondial, la Liste rouge de l’UICN classe Gypaetus barbatus comme « quasi menacé » (Near Threatened). Au niveau de la population italienne, la Liste rouge des vertébrés italiens le classe en revanche comme « en danger critique d’extinction » (CR) : une divergence due au fait que la population italienne, bien qu’en croissance, reste numériquement faible et entièrement dépendante du succès du projet de réintroduction, tandis que l’évaluation mondiale tient compte de populations plus importantes dans d’autres zones de l’aire de répartition (Pyrénées, Afrique, Asie). Les menaces résiduelles documentées pour la population italienne comprennent le saturnisme (empoisonnement au plomb, ingéré avec des restes d’animaux abattus avec des munitions au plomb), la persécution directe et la réduction des pâturages sauvages, ce qui diminue la disponibilité des carcasses.
Le gypaète est une espèce sédentaire, territoriale et monogame ; les couples occupent de manière stable le même territoire pendant tout leur cycle de vie. Il a une longue durée de vie : 20 à 25 ans à l’état sauvage, jusqu’à 40 à 45 ans en captivité. Depuis 2006, l’arc alpin participe à l’IOD (International Observation Day), journée européenne de recensement synchronisé des gypaètes qui implique aujourd’hui également le Massif central, les Pyrénées et certains sites en Espagne et en Bulgarie, coordonnée par la Vulture Conservation Foundation.
Sur le territoire du Parc national du Grand Paradis, l’observation d’individus en vol, notamment dans les vallées de Cogne, Valsavarenche et Rhêmes, n’est pas rare pendant la saison propice ; l’accès aux sites de nidification est réglementé par l’organisme gestionnaire du parc afin de limiter les perturbations, avec des zones d’interdiction mises en place autour des nids actifs.
Fiche d’information
Nom commun : Gypaète barbu
Nom scientifique : Gypaetus barbatus (Linnaeus, 1758)
Espèce : rapace diurne, ordre des Accipitriformes
Famille : Accipitridae (sous-famille des Gypaetinae)
Répartition : partie méridionale de l’Eurasie montagneuse et Afrique orientale/méridionale ; en Europe, présent dans les Pyrénées, en Corse, en Crète, dans les Balkans et, suite à une réintroduction, dans l’arc alpin Habitat : parois rocheuses et falaises de haute montagne, dans des milieux ouverts au-dessus de la limite forestière
Alimentation : nécrophage, se nourrissant principalement d’os et de restes squelettiques d’ongulés sauvages et domestiques morts